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Concerto pour piano en La mineur op.54

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L’Allegro Affetuoso qui ouvre le Concerto pour piano de Schumann fut composé à l’origine comme une oeuvre à part entière. Du moins, c’est ainsi que l’imaginait le compositeur lorsqu’il offrit la partition à Clara Schumann, en 1841. Clara fut la soliste de cette Fantaisie pour piano avec accompagnement d’orchestre, dirigée par Felix Mendelssohn à la tête du Gewandhaus de Leipzig.

La partition dont l’écriture s’inspirait largement de l’architecture des concertos de Mendelssohn était promise à un bel avenir. Hélas, elle n’intéressa aucun des trois éditeurs contactés, dubitatifs devant ce curieux concerto en un mouvement. Quatre ans plus tard, Schumann ajouta un Intermezzo et un finale à l’Allegro original. La création de l’ouvrage eut lieu en public, le 1er janvier 1846, au Gewandhaus de Leipzig. Cette note historique n’est nullement anodine. Elle explique les raisons d’un déséquilibre assumé entre le premier et les deux autres mouvements. Ce n’est assurément pas un morceau de bravoure pour le soliste comme le sont les concertos de Chopin et de Liszt, par exemple.

L’orchestration est d’ailleurs assez modeste, ne faisant appel qu’aux bois par deux auxquels s’ajoutent deux cors et deux trompettes ainsi que les timbales et le quatuor des cordes. Une large place est réservée aux groupes d’instruments et notamment au violoncelle solo. L’Allegro affetuoso s’inspire de l’écriture du concerto romantique, à la fois par sa forme cyclique puissamment développée et jusque dans la cadence qui ne laisse aucun répit au soliste.

Le second mouvement, Intermezzo, est en réalité plus proche de la musique de chambre que du concerto. En témoigne le dialogue introductif entre les violoncelles et le soliste. Non seulement les interprètes doivent parcourir ses climats intimes, presque chuchotés, mais il leur faut également composer avec une dynamique et une instrumentation radicalement modifiées par rapport à la première partie. Le finale, Allegro vivace, est enchaîné. Le premier thème fait le lien avec l’Allegro Affetuoso grâce à son inspiration conquérante. Le second thème, beaucoup plus haché, reflète un
climat d’urgence permanente, une marche fantomatique. Pour autant le piano fusionne avec l’orchestre. L’influence du Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur qui date de 1842 semble incontestable dans ce Concerto.

Les quelques lignes que Schumann adressa à Clara, lui confiant ses propres doutes nous éclairent davantage au sujet de l’oeuvre : « Quelque chose entre le concerto, la symphonie et la grande sonate. Je vois que je ne peux pas écrire un concerto en vue d’un virtuose, il faut que je songe à autre chose ! ».