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Concerto pour piano et orchestre en la mineur n°1 op.11

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C’est au cours de l’été 1830, lors de la publication des Ordonnances de Juillet sur la liberté de la presse, que se développèrent, à Paris, les émeutes qui aboutirent à l’abdication du roi Charles X. Partout en Europe se levait le vent de la révolte, au point que les régimes les plus répressifs, du Chancelier Metternich en Autriche et du Tsar de Russie furent sur le point de vaciller. Chopin suivait de près les événements à Varsovie, attendant un visa pour l’Allemagne que les autorités polonaises tardaient à lui octroyer. Il composa un nouveau concerto pour piano, en la mineur, car celui que l’on présente comme étant le Premier n’est en réalité que le Second dans l’ordre chronologique.

A Varsovie, Chopin connaissait ses premières aventures féminines. C’est pour la cantatrice Constance Gladkowska qu’il composa ses deux Concertos pour piano. Le Concerto en la mineur est plus développé sur le plan orchestral que le précédent, en fa mineur. L’ampleur symphonique de l’introduction du premier mouvement, Maestoso, fait songer à quelque page d’ouverture mozartienne. Après la longue introduction de près de trois minutes, le piano entre en scène, seul, dans un climat de révolte, mais aussi un sentiment d’improvisation narrative. Deux thèmes apparaissent dans l’Allegro. Le cantabile, véritable aria ou chant sans parole du premier thème s’oppose à l’énergie presque théâtrale du second. Le piano domine l’orchestre qui se confine tout d’abord dans le rôle d’écrin sonore. Puis, le dialogue s’installe à la manière de la vocalitá d’un Bellini dont Chopin allait devenir l’un des plus fervents admirateurs.

Le finale, un Rondo suivi d’un Vivace, est directement enchaîné sur une note en suspension, avant le début de la danse typiquement polonaise, le Krakowiak. Il s’agit d’une danse rugueuse marquée par les cordes à l’unisson et qui connaît bientôt une belle fortune en France sous le nom de “Cracovienne”. Spécifiée à 2/4, elle se caractérise par l’emploi de la syncope et l’accentuation des temps faibles. Chopin utilise cette danse pour accentuer le contraste d’un pas gracieux et léger avec le mouvement précédent. Le dialogue entre les bois et le piano est des plus délicats à manier car il faut que l’humour jaillisse des accents, des coupures abruptes, d’un rythme fougueux qui prend le pas sur la ligne mélodique. La bravoure de chaque pupitre est sollicitée jusque dans le sommet expressif de la coda.