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Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 en la mineur op.33

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La débâcle de Sedan et l’humiliation française de 1870 causèrent un véritable traumatisme dans la société française. Saint-Saëns participa aux combats avant d’être contraint à s’exiler en Angleterre de peur d’être inquiété pour avoir été un ancien garde national. L’année suivante, il participa à la création de la Société nationale de musique dont l’importance s’avéra considérable pour le renouveau de la musique française. En 1872, il composa son Premier Concerto pour violoncelle dont le création eut lieu l’année suivante, le 19 janvier 1873. Auguste Tolbecque en était le soliste, accompagné par l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire. Toutefois, le véritable promoteur de l’oeuvre fut, au début du XXe siècle, le jeune Pablo Casals.

Les premières mesures de la partition saisissent par leur énergie et l’impression d’unité de l’ensemble. Les trois mouvements sont joués enchaînés et le matériau thématique provient pour l’essentiel d’une formule rythmique descendante. C’est ce principe qui rapproche l’écriture de Saint-Saëns de son modèle reconnu : Beethoven. La finesse de l’orchestration apparaît en effet plus proche des préoccupations des compositeurs de la fin du 18e siècle que des artistes du romantisme finissant.

Le premier mouvement s’ouvre sur un Allegro non troppo. Le trémolo des cordes soutient les triolets véloces et nerveux du violoncelle. Le rythme tendu évoque la carrure des premières symphonies de Beethoven. Un thème lyrique s’impose bientôt avec son expression plus chaleureuse. Il permet au soliste d’épanouir le son de l’instrument notamment dans le registre
grave et d’offrir un contraste à la virtuosité âpre de l’introduction. L’Allegretto con moto qui suit, est construit à partir d’une danse stylisée. Le menuet est tout juste murmuré par les pupitres des violons divisés. Ils modulent avec souplesse. Puis, le violoncelle se lance dans un développement de plus en plus lyrique et virtuose. Le caractère mélancolique de l’accompagnement des bois et la fraîcheur de la mélodie probablement puisée dans le folklore des campagnes servent magnifiquement la souplesse de l’archet soliste. Le finale, précisé “Un peu moins vite” accentue le rythme de danse alors que le thème lyrique prend de plus en plus d’importance et s’impose finalement dans le registre aigu de l’instrument. La partition se conclut non pas dans le climat pastoral que l’on aurait pu imaginer, mais avec une force et une détermination, une fois encore, beethovéniennes.