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Danses populaires roumaines pour violon et piano

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Originellement composées pour le piano en 1915, les Danses populaires roumaines gagnèrent une notoriété internationale dès 1922, grâce à leur version pour orchestre symphonique. En 1926, le violoniste hongrois Zoltan Székely (1903-2001) en proposa une transcription pour violon et piano. Le compositeur au piano et Székely au violon enregistrèrent la pièce en 1930 à Budapest.

Aux côtés de son ami Zoltan Kodaly, Bartók entreprit dès la fin du XIXe siècle une collecte des chants venus du fond des âges. Il enregistra et nota ces musiques populaires rugueuses, les incorporant au fil de son écriture savante. Ce fut ainsi la première tentative de classification des rythmes des peuples, classification d’autant plus délicate à réaliser que les mouvements migratoires étaient considérables. Comment dissocier, alors, ce qui était hongrois de ce qui était roumain alors que Liszt, dans ses écrits* confondait déjà allègrement musique hongroise et tzigane ? Quant à Bartók, il naquit au milieu de ces groupes ethniques qui parlaient différentes langues. Sa région d’origine se situe aujourd’hui en Hongrie. Mais, il composa ses premières pièces en Ukraine avant d’étudier en Transylvanie et de terminer sa scolarité à Bratislava…

De l’Orchestre symphonique à la version pour violon et piano des Danses populaires roumaines, les couleurs âpres et le phrasé du violoneux évoquent avec un charme inouï les confins d’une Europe qui nous paraît exotique. Les timbres des violoneux convoqués aux mariages, les danses de recrutement (les fameuses verbunkos) si importantes dans ces régions lointaines de l’empire des Habsbourg – au gré des frontières qui firent passer dans le siècle des territoires de Roumanie en Ukraine – revivent ainsi de manière stylisée. La splendeur de l’orchestre restitue l’héritage de Liszt et celui des artistes itinérants des peuples du Danube. Bartók démontre ainsi que le rythme et la métrique étaient spécifiques à chaque peuple (la mesure à 5/8, par exemple, est peu présente dans le folklore hongrois). Dans la musique roumaine, ce sont en revanche les premiers et quatrième temps qui faut accentuer. Bartók fit ces constatations sans aucune passion nationaliste, relevant les indices à la manière d’un scientifique, multipliant les témoignages, accordant la même importance à une mélodie qu’elle soit slovaque ou roumaine. Les Danses populaires roumaines n’ont pas d’autre prétention que de restituer des transcriptions notées des différentes régions de Transylvanie et de Hongrie orientale.

Ces courtes danses dont pas une seule n’atteint la durée de la minute et demie composent une suite d’esquisses dépaysantes et orchestrées avec infiniment de délicatesse. L’exotisme n’y est pas de mise et les effets ajoutés prohibés.

Bot tánc – Danse du bâton (1)

Brâul – Danse de l’écharpe (2)

To pogó – Sur place (3)

Bucsumi tánc – Danse de Boutchoum (4)

Romain polka – Polka roumaine (5)

Aprózó – Danse rapide (6)

 

* In Franz Liszt  “Des bohémiens et de leur musique en Hongrie” (Ed. d’Aujourd’hui d’après l’édition Bourdilliat, 1859).