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Concerto pour violon et orchestre n°2 « American Four Seasons »

(1937 - )

A voir : http://philipglass.com

La pâte sonore du compositeur américain Philip Glass est reconnaissable dès les premières notes. On pourrait évoquer les termes de musique répétitive ou bien minimaliste, voire postminimaliste, bien que ceux-ci ne correspondent pas exactement à la volonté de l’artiste. Il compose d’abord pour créer un plaisir auditif, dissimulant la complexité harmonique de ses partitions dans une orchestration de plus en plus concentrée, d’une inépuisable richesse de rythmes, de timbres et de couleurs.

Le Concerto pour violon, cordes et synthétiseur fut créé le 9 décembre 2009 par son dédicataire, le violoniste Robert McDuffie, accompagné par l’Orchestre symphonique de Toronto dirigé par Peter Oundjian. Sa composition avait été achevée quelques mois plus tôt, après plusieurs années de discussion entre le compositeur et le soliste. Ce dernier souhaitait une œuvre qui fasse écho, au XXIe siècle, à la plus célèbre des partitions de Vivaldi. « Vivaldi ne serait-il pas le premier minimaliste de l’Histoire ? » s’interrogea le violoniste.
Le concerto possède une forme particulière puisque les quatre “tableaux” sont enchaînés, chacun d’eux étant précédé par une imposante cadence. Une cadence, voire un prélude car Philip Glass a écrit des solos qui peuvent être interprétées indépendamment du concerto. En désaccord sur l’attribution des titres des saisons pour telle ou telle partie, le compositeur et le soliste ont préféré laisser l’auditeur libre de son choix. Robert McDuffie confie non sans humour : « Dans le deuxième mouvement, par exemple, je voyais une pièce froide et glaciale alors que Philip Glass pensait aux vents doux de l’été caressant des gens, sur l’herbe, au soleil ! ».

Le violon solo interprète le prélude introductif, longue narration qui se souvient de l’écriture italienne baroque. Les cordes et le synthétiseur transforment la douce mélodie en un rythme de danse sensuelle. La partition devient de plus en plus lyrique, l’orchestre s’enrichissant sans cesse de nouvelles formules répétitives jusqu’à de véritables vagues sonores. Elles s’estompent progressivement. Le soliste propose une seconde cadence. L’orchestre reprend et fusionne avec lui dans un style plus proche de l’écriture postromantique américaine – on songe à un Samuel Barber – que de l’univers baroque. Le tissu polyphonique s’affine dans le registre le plus aigu du violon. Nous voici dans une sorte de rêve éveillé, aux couleurs les plus délicates. Les longues phrases mélodieuses s’interrompent bientôt pour laisser place à une troisième cadence, hommage à nouveau à l’écriture baroque. Puis, la partition entre dans un tout autre climat : celui de danses folles, clin d’œil au rock’n roll, à une fantaisie rhapsodique qui associe la virtuosité la plus débridée aux sonorités crues du synthétiseur. Les tensions s’exacerbent, violemment expressives, dans une course à perdre haleine et dont il ne subsiste, au finale, que la pulsation de l’orchestre. Le silence se fait, prélude à une dernière cadence profondément nostalgique. C’est, enfin, la conclusion de l’œuvre : une danse générale au caractère héroïque et obstinée. Rien ne semble pouvoir l’arrêter et elle conduit les interprètes au seuil de l’épuisement.