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Rhapsody in blue pour piano et orchestre

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Composée en 1924 à l’origine pour deux pianos, la Rhapsodie in blue répondait à une commande pour le moins singulière du chef d’orchestre de jazz Paul Whiteman, qui venait de créer sa propre formation. En effet, c’est en lisant un article du New Herald Tribune que Gershwin apprit que Whiteman allait créer l’une de ses œuvres un mois plus tard ! Loin de s’offusquer d’un tel procédé, Gershwin releva aussitôt le défi. Ce mélodiste, pianiste et improvisateur de génie composa rapidement la pièce, qui allait devenir l’un des emblèmes de l’Amérique saluant la “vieille Europe”. Il eut l’idée du thème principal dans un train, entre New York et Boston. La première de l’oeuvre, dans sa version originale, fut donnée le 12 février 1924 à New York. Elle connut un succès immédiat et lança la carrière du compositeur. Whiteman demanda à Gershwin d’orchestrer sa partition. Autodidacte de la musique, ne possédant pas une grande connaissance de l’orchestration, Gershwin fit appel au compositeur Ferde Grofé (1892-1972), qui avait rejoint, dès 1920, le Paul Whiteman Orchestra en tant que pianiste et arrangeur. Connu aujourd’hui pour être l’auteur d’une célèbre Grand Canyon Suite, Grofé réalisa en 1926 deux orchestrations, l’une pour le grand orchestre de jazz de sa formation et l’autre pour orchestre symphonique. Si on regarde de plus près la partition originale, on s’aperçoit que contrairement aux idées reçues, Gershwin a utilisé un langage harmonique savant, qui utilise les rythmes populaires américains comme le Fox-trot ou le Charleston. Gershwin fut admiré par Ravel et Schoenberg, non pour l’originalité de son “jazz”, mais pour l’audace des harmonisations ainsi que pour la qualité de ses “songs”. Il en composa près de 500 avec son frère, Ira Gershwin.

Depuis 70 ans, la Rhapsodie in blue séduit par l’anticonformisme de son écriture et le lien si troublant qu’elle entretient avec l’univers du concerto romantique. La notion “blue” n’a rien à voir iciavec le blues du jazz. A l’origine, il s’agissait d’une terminologie proche de l’esprit des surréalistes, évoquant simplement la couleur “bleue”. Considéré comme l’inventeur du “jazz symphonique”, terme relativement impropre, Gershwin démontre s’il en était besoin, qu’il fut en réalité l’un des fondateurs de la musique symphonique américaine. Pour la première fois, et si l’on excepte dans  un tout autre registre Charles Edwards Ives (1874-1954), Gershwin assumait son statut de compositeur de musique savante né sur le sol américain. Aujourd’hui, la Rhapsodie in blue symbolise l’Amérique de l’entre-deux guerre, une évocation nostalgique et teintée de romantisme à laquelle fait appel un Woody Allen dans le film Manhattan, qu’il réalisa en 1978.

Précisons enfin qu’il existe en dehors des deux versions pour orchestre de jazz et orchestre symphonique, des versions pour piano solo, piano à quatre mains et surtout pour deux pianos. En 1925, Gershwin enregistra sa propre version de l’oeuvre pour piano solo.