Logo_OSB

Symphonie en Ut majeur

(1838 - 1875)

Alors âgé de dix-sept ans, Georges Bizet se lance, en 1855, dans la composition d’un “exercice symphonique”. Il le fait sous le coup d’une émotion : il vient d’entendre la Première Symphonie de Charles Gounod, son maître. Le jeune musicien fait peu de cas de ce petit travail d’élève, qu’il oublie bien vite.

Quatre-vingts ans plus tard, le manuscrit de la Symphonie est retrouvé, au Conservatoire de Paris, dans les documents légués par le compositeur Reynaldo Hahn. Les chercheurs se disputent à propos de l’auteur de l’œuvre. Certains l’imputent au compositeur écossais D.C. Parker, biographe de Bizet, d’autres, au musicologue Jean Chantavoine.

Lors de la création de la symphonie, le 26 février 1935, à Bâle, sous la direction de Felix Weingartner, rien ne laisse présager que cet essai symphonique est le chef-d’œuvre qui n’a, depuis, jamais quitté les salles de concert. Certes, on y entend encore l’influence de Gounod dans le mouvement lent, mais aussi de Schubert et de Mendelssohn (tous deux furent également les génies précoces que l’on sait). Cela étant, l’originalité de la musique nous stupéfie.

Plus proche de la Symphonie Italienne de Mendelssohn ou de l’écriture de Rossini que de la Symphonie Fantastique de Berlioz, la Symphonie voyage vers les rêves orientaux et la quête de danses populaires françaises imaginaires. L’inspiration spontanée, la vigueur du rythme, l’originalité des couleurs annoncent déjà les suites de l’Arlésienne, mais également Carmen. Cette musique est d’autant plus délicate à interpréter et à diriger qu’elle ne supporte aucune surcharge et qu’elle fait appel à des solistes de premier plan. Elle contraint chaque pupitre à jouer “à découvert” afin de préserver la clarté de l’ensemble.

 

Créateur de la partition en France, Charles Munch n’appréciait pas les reprises, souhaitant que le mouvement général de la musique jaillisse avec spontanéité, surprenant ainsi l’auditeur : « Si vous exécutez la ravissante Symphonie en Ut dans sa forme originale, elle paraîtra longuette : toutes ses reprises et redites engendreront fatalement l’ennui. Si vous faites quelques petites coupures, sans déséquilibrer l’architecture et sans sacrifier un seul élément musical, ses réelles beautés vous toucheront, et vous aurez un bijou de plus ».

 

Le premier des quatre mouvements est un Allegro vivo, alternant les thèmes rapides dans une forme classique et une écriture instrumentale d’une parfaite efficacité. L’équilibre est assuré à la perfection.

L’Adagio en la mineur qui suit est une cantilène au charme exotique, vaguement oriental. Les deux hautbois se relaient en solo et, pour ce pupitre, il s’agit d’une des plus belles pages symphoniques du XIXe siècle. Tout l’orchestre porte cet “aria d’opéra”, celui déjà peut-être des Pêcheurs de Perles…

L’Allegro vivace en sol majeur préfigure Carmen avec des dialogues et des mouvements de foule suggérés. La clarté des accents rustiques et la joie villageoise l’emportent sur tout autre considération.

Un nouvel Allegro vivace conclut la partition. Léger, élégant, il récapitule les thèmes de la Symphonie (comme tout étudiant l’apprenait alors au conservatoire !), mais avec une fraîcheur et une perfection proprement sidérantes.

 

A lire

« Georges Bizet » par Hervé Lacombe (ed. Fayard, 2000).