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Concerto pour piano et orchestre en Sol majeur

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En 1929, soit un an après l’extraordinaire succès du Boléro, Ravel se mit à la composition de deux concertos pour piano. Il souhaitait se mesurer aux grands modèles des concertos du passé et renouveler un répertoire dominé par les chefs-d’oeuvre du romantisme. Sur le plan de la forme, le Concerto en Sol majeur fait “allégeance” aux principes classiques (trois mouvements, vif – lent – vif). Toutefois, l’écriture ravélienne s’est affranchie et impose à l’orchestre une stupéfiante liberté. On y trouve pêle-mêle des réminiscences du folklore basque, des rythmes jazzés (Ravel se rendit en 1928 aux Etats-Unis où il fit notamment la connaissance de Gershwin) ainsi que les influences de Stravinsky et de Prokofiev !

En juillet 1931, Ravel proposa quelques pistes d’écoute lors d’une interview accordée au Daily Telegraph : « Entreprendre deux concertos simultanément est une expérience intéressante. Celui dans lequel je me produirai en tant qu’interprète est un concerto au sens le plus exact du terme […], dans le même esprit que ceux de Mozart et de Saint-Saëns. A mon avis, la musique d’un concerto peut être gaie et brillante et il n’est pas nécessaire qu’elle prétende à la profondeur ou qu’elle vise à des effets dramatiques. […] Au départ, j’avais l’intention d’intituler mon oeuvre “divertissement”, puis j’ai réfléchi qu’il n’en était pas besoin… »

Un coup de fouet ouvre le premier mouvement, Allegramente, par un hommage pétillant d’humour et dans lequel la danse rustique prend toute sa place. Le piano caresse et mord à la fois de brefs solos des vents : trompette, cor anglais, clarinette, cor… Les changements de climats sont incessants, mais la voix du piano surpasse en vocalises le charisme des pupitres de l’orchestre.

Le mouvement Adagio assai évoque l’esprit du Quintette pour clarinette de Mozart. Sa sobriété expressive en fait l’un des moments les plus intenses de tout le répertoire concertant. En une mesure, dans le battement à “3/4” sur cette croche Mi à la basse, la musique prend son envol. Le soliste semble improviser dans un univers d’ambiguïtés harmoniques, attendant la délivrance dans le souffle de la flûte solo. Cette page techniquement simple est redoutée par tous les interprètes car il leur faut créer dans l’instant une atmosphère d’une intense poésie.

A l’issue de ce rêve éveillé, le Presto final s’ouvre sur quatre accords martelés. La course poursuite s’engage, la virtuosité de chacun étant mise à l’épreuve. Quel défi pour le basson ! Quelle perfection de l’écriture qui manie, comme chez Mozart, les hardiesses les plus folles et la fougue la plus tragique !

Le Concerto fut créé à la salle Pleyel, à Paris, le 14 janvier 1932. La pianiste Marguerite Long et les Concerts Lamoureux étaient dirigés par le compositeur. Le succès fut immense.
Trois mois plus tard, la soliste et le compositeur enregistraient pour la firme Columbia l’oeuvre en studio avec l’Orchestre symphonique de Paris. Ce document réédité à plusieurs reprises est instructif quant aux choix des tempos comme pour la direction de Ravel qui reconnaissait, avec lucidité, n’être qu’un chef d’orchestre d’occasion !