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Noël à Béthléem

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Disciple de Jules Massenet (1842-1912) et César Franck (1822-1890) – il succède à ce dernier en tant que titulaire des orgues de Sainte-Clotilde à Paris – Gabriel Pierné est un compositeur aujourd’hui bien négligé. Son écriture est pourtant fort habile, regorgeant de trouvailles. Auteur d’oratorios, d’œuvres symphoniques et concertantes, d’ouvrages de musique de chambre, pour le piano, de mélodies, Pierné compose plus de cent-cinquante opus, dans la plupart des genres musicaux. Dans la première moitié du XXe siècle, ses ouvrages lyriques sont régulièrement programmés. Organiste, et compositeur, il fut aussi un grand chef d’orchestre, notamment à la direction des Concerts Colonne, de 1910 à 1934, créant un nombre impressionnant de partitions : Iberia de Debussy, Daphnis et Chloé de Ravel, L’Oiseau de feu de Stravinsky, Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, mais aussi des pièces d’Ibert, Milhaud, Roussel… Bien qu’il mène une remarquable carrière de chef d’orchestre, Pierné continue de composer.

Achevé en 1907, Les Enfants de Bethléem connut un grand succès. La musique se situe au croisement de plusieurs influences, celles de Debussy, de Massenet et, par la suite, de Fauré. Pour autant, la forte personnalité de Pierné se révèle par un sens aigu de la clarté.

« Dans la religion chrétienne, le mystère est tout ce qui est proposé pour être l’objet de la foi des fidèles et paraît contredire la raison humaine ou être au-dessus de cette raison » rappelle le dictionnaire Le Littré. Les Enfants de Bethléem s’inscrit dans les œuvres à la fois populaires et profondément religieuses qui fleurissent au début du XXe siècle. Cette tradition du “mystère” qui naît au Moyen-âge se poursuivra jusqu’à Arthur Honegger. L’admirable texte du poète et romancier Gabriel Nigond (1877-1937) dit par le narrateur, se fond dans les phrases d’un orchestre à la fois raffiné et chatoyant. Le chœur d’enfants, les voix de sopranos, le ténor et le baryton nous décrivent la Nativité. Elle est observée par les yeux des enfants.

L’ouvrage se divise en deux parties. Dans la première, un groupe d’enfants bergers apprend la nouvelle de la naissance de Jésus. Passant outre leur peur, ils viennent le voir. Sur leur chemin, ils croisent les Rois Mages.

Dans la seconde partie de l’œuvre, Marie chante une berceuse à son enfant, accompagnée par l’âne et le bœuf. Les enfants offrent leurs cadeaux. Ils prient pour celui qui subira tant de souffrances.

La finesse du tissu orchestral naît en partie de l’utilisation de modes archaïques qui accentuent le caractère innocent et merveilleux de la musique. Cordes en sourdines, effets de clair-obscur, sonorités scintillantes des bois et des violons, ornements de la petite percussion… L’orchestre et les voix – y compris celle du récitant – s’imbriquent dans une partition toujours légère, aérienne, jamais opulente. Chez Pierné, l’écriture demeure élégante jusque dans l’évocation d’un certain orientalisme. Il est présenté avec tact lorsque la caravane des Rois Mages passe. Même les pages les plus lyriques – « Où vas-tu téméraire » – respirent sans emphase. L’œuvre s’achève dans une bienheureuse tranquillité, une paix infinie.