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Toward that endless plain, Concerto pour Ney perse et orchestre

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Après avoir étudié au Conservatoire de Téhéran, Reza Vali poursuivit, en 1972, ses études de composition à Vienne puis à Pittsburgh, aux Etats-Unis. Plusieurs orchestres et ensembles de musique de chambre américains lui commandent des œuvres pour lesquels il obtient divers prix.

Profondément influencé par la culture occidentale dont l’œuvre de Béla Bartók, Reza Vali se passionne pour les musiques populaires et folkloriques de son pays.

Composé en 2003, Toward That Endless Plain – littéralement Vers la plaine infinie – emprunte son titre à l’un des poèmes de l’auteur mystique perse Sohrab Sepehri (1928-1980). La partition – un concerto pour Ney perse et orchestre – indique que l’instrument peut être remplacé par un Ney turque ou arabe, voire par une flûte occidentale. Instrument de musique en bambou de l’Egypte antique utilisé 4000 ans av. J.-C., le Ney est joué, aujourd’hui, dans les pays arabes et jusqu’en Asie centrale. En Iran, la technique de jeu du Ney est particulière. Elle est dénommée “Style d’Ispahan” car elle s’est élaborée dans cette ville au cours du XVIe siècle. La position de l’instrument dans la bouche et la respiration sont spécifiques au point que les sonorités si particulières sont délicates à associer, notamment avec un orchestre occidental.

Explosion sonore, diffraction des matériaux sonores : nous sommes dans une œuvre atonale, qui rend indirectement hommage à l’écriture de Béla Bartók. On songe, en effet, à la violence expressive du Mandarin merveilleux du compositeur Hongrois. C’est ainsi que s’ouvre le premier mouvement ainsi titré : The Abyss (Prelude), Passage (Movement I). L’immense crescendo introductif atteint, jusque dans l’emploi de la sirène, un sommet inouï de violence. Reza Vali le décrit comme « l’abîme de l’ego humain, la peur, la terreur, la violence et la guerre, le bruit des sirènes et à la fin du prélude, l’annonce d’une catastrophe imminente ». Puis c’est l’apparition de la sonorité douce, sage et mesurée du Ney sur une pédale descendante de cordes. Le chant prend délicatement toute sa place, loin de la véhémence des premières pages. Il s’exprime avec de plus en plus d’intensité et dans le registre aigu de l’instrument soliste.

 

Le second mouvement, Ecstatic Dance, associe percussions et bois dans une danse sensuelle. Les instruments de l’orchestre jouent sur la profondeur des rythmes, mais aussi les attaques aux arêtes acérées. Entre les grandes dynamiques, le Ney poursuit sa narration. Une sorte de voyage entrecoupé de quelques solos dans la petite harmonie et les cordes seules de l’orchestre. Au fil du temps, le rythme devient de plus en plus dansant et se complexifie. Les multiples et brèves interventions de l’orchestre se colorent de teintes que l’on croirait sud-américaines ! La variété des modes de jeu du Ney se nourrit de l’urgence volubile de l’écriture orchestrale jusqu’à la saturation de l’espace sonore. Percussions et vents annoncent une menace imminente.

 

Cette pulsation disparue, le Ney reprend le cours de son récit dans le dernier mouvement, Descent and Dissolve, qui est enchaîné grâce à un interlude. La masse orchestrale compose un écrin dans lequel s’insinuent les solistes : ils accompagnent, dialoguent et commentent le chant du Ney. La musique entame une lente descente en spirale et le jeu du Ney repose sur le “bourdonnement” de l’orchestre. Il referme l’œuvre dans un climat d’étrangeté et de paix entrelacées.

 

Toward That Endless Plain est une commande du Boston Modern Orchestra Project et de l’Orchestre de chambre de Los Angeles. Il a été composé pour le joueur de flûte Ney, Khosrow Soltani et l’œuvre a été dédiée à la mémoire de Farzaneh Navai, l’épouse décédée du soliste.